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L'orage

Une chaleur étouffante nous collait à la peau comme une boue visqueuse et malodorante dont les vapeurs embrouillent l'horizon, comme un verre dépoli. L'air se déplaçait péniblement, imperceptiblement, n'ayant nulle part où s'évader. D'énormes cumulo-nimbus se gonflaient et cachaient finalement (faut-il dire heureusement?) le soleil, dont l'ardeur était devenue intolérable. Les nuages perdaient leur virginité à vue d'oeil, en se souillant d'un gris bleuâtre menaçant. Le ciel de cendre présenta bientôt de longues ondulations et, telle une mer à l'envers qui se gonfle, laissait pendre de lourdes mamelles opulentes desquelles pas une goutte n'osait encore s'échapper.

On aurait cru que le temps s'était arrêté, épuisé.

Tout l'espace opprimait et même les oiseaux retenaient leurs cris, comme s'ils savaient fort bien que le moment n'était pas propice à de joyeux ébats. Comme pour leur donner raison, un long grondement sourd, qui semblait sortir tout droit des entrailles de la terre, fit frémir les feuilles des arbres, qui avaient cessé de bouger depuis déjà un bon moment, tournant un dos rond au ciel. Même les grenouilles, d'ordinaire bavardes, ne coassaient plus et, renfrognées, figées d'appréhension, fixaient le plafond nébuleux d'un regard vitreux.

Une faible et chaude brise vint soudain déplacer les molécules d'air surchargées de vapeur d'eau, provoquant la naissance de petits cumulus-fractus effilochés qui s'alignaient fébrilement par-devant l'horizon abaissé, comme l'écume sur une lame de fond. Leur apparence, chétive et blanchâtre, faisait ressortir le mur de cumulo-nimbus bleu-acier qui avançait inexorablement vers nous. Au-dessus de nos têtes, on pouvait deviner de violents courants qui malaxaient, en silence, la partie inférieure encore visible de la masse sombre qui avait maintenant envahi presque tout l'espace respirable.

CRAC!O'RrroummORoummmmRmmmmmm...! Un éclair vint brusquement déchirer les ténèbres grandissantes d'une lueur insupportable, dans un bruit de catastrophe démentielle. Et, comme si ce signal ne laissait maintenant plus d'équivoque, l'atmosphère toute entière se déchaîna violemment. Le vent fonça avec un hurlement strident, fléchissant les arbres et projetant tout ce qui n'était pas solidement arrimé, les transformant en autant de missiles meurtriers, tandis qu'une pluie torrentielle s'abattait sur la scène, ajoutant au chaos et à la confusion.

Il n'était maintenant plus possible de voir ou d'entendre quoique ce soit d'autre que les spasmes violents de l'orage. Les éléments déchaînés s'acharnaient sur nous comme épris d'une volonté de conjuguer eau, feu et vent pour nous anéantir à jamais. Le ciel crachait des éclairs à un rythme affolant, réduisant l'univers à une cascade de puissantes pulsations de lumière et de sons, battant la mesure d'une symphonie maniaque. Le tumulte ahurissant semblait vouloir s'éterniser jusqu'à la fin du monde.

En quelques instants, l'enfer torride et opprimant, dans lequel nous baignions, s'était transmué en un univers cauchemardesque d'une violence inouïe. Notre existence se résumait à des tremblements et soubresauts incontrôlés. Nous étions transis. La pluie chaude initiale s'était transformée en douche froide qui nous glaçait jusqu'aux os. On ne pouvait même plus s'entendre crier, tant le bruit était infernal.

Brusquement, le vent tomba, comme dégoûté de ne pas avoir tout détruit, et le torrent se transforma en une pluie fine, puis cessa complètement. Un rayon de soleil se fraya soudainement un chemin entre les muscles des nuages et répandit une superbe lumière qui rendit la beauté et la gaieté à ce monde qui, il y a à peine quelques secondes encore, semblait en voie de perdition. Les oiseaux reprenaient graduellement leurs esprits, et égayaient maintenant le calme retrouvé de leurs piaillements enjoués.

Depuis quelques moments, une nouvelle odeur, cristalline, indiciblement tonifiante, suscitait en moi une sensation de bien-être, de vitalité étonnante, et masquait l'irréel et désolant spectacle qui s'offrait à nous.

J'étais, comme tout ce qui nous entourait, sans-dessus-dessous,

... mais elle m'a tiré de la tourmente,
de cette fuite démente
qui, toujours, me hante...

Claude Jollet écrivain - plume et encrier.


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